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Poèmes en prose : le parti pris des choses des 1ères S

D 30 mai 2008     H 18:07     A I.Rembotte     C 4 messages


Le couteau à viandre

Le manche du couteau est doux au toucher. L’homme aime caresser son bois roulé par l’usage. C’est un manche en bouleau clair ; quel sale boulot que de passer le plus clair de son temps à trancher de la viande.
La longue lame luisante lacère la lourde carcasse d’un cochon crispé. Le sang suintant souille le manche de bois nickel et ternit la grande lame inoxydable. Le boucher y va de bon cœur pour extirper le cœur et les poumons, le foie et l’intestin.
Le boucher lave sa lame effilée, aiguisée, acérée puis la lustre dans l’attente de son prochain crime.
Coupons là notre discours.

Gerbeaux Emmanuelle

Le glaçon

Le glaçon est l’objet le plus convenant du monde. Il refroidit la limonade en mélangeant sa rigidité au liquide tiédé par la chaleur de l’été. Il soulage les bosses causées par quelques acrobaties ou déséquilibres. Fermé sur lui même dans sa rigidité on pourrait presque oublier la douceur de son élément d’origine qui est cependant vite rappelée à notre esprit lorsque, peu après être sorti de son nid protégé et clos, le congélateur, il perd ses moyens suffoque panique. Des gouttes commencent à perler sur son front, ses arrêtes si dures et tranchantes quelques minutes auparavant s’arrondissent et se tordent. Il rapetisse peu à peu jusqu’à disparaître et laisser pour tout témoignage de son passage une petite flaque, modeste.

Il fond.

L e rasoir.

L’activité principale du rasoir, cet instrument à lame très effilée, est de couper la barbe au ras de la peau. Entre les mains du barbier, le rasoir glisse, danse sur une chorégraphie étudiée, pour être efficace et doucereux. Mais, cet objet, si bien aiguisé,tel un bijou en argent ciselé, peut s’emparer des pires intentions : la gorge,sur le fil du rasoir,palpite,sans penser au danger qui la guette.
Cette lame de fond peut faire couler le sang. Elle décide du destin : la vie de ses clients ne tient qu’à un fil. Un simple mouvement plus rude, et la vie peut être ôtée. Le rouge peut couvrir le blanc de la mousse à raser.
Le rouge a, en 1793, couvert le blanc de la monarchie. Le rasoir s’est fait alors "Rasoir National",sensé faire passer de vie à trépas les condamnés,sans la moindre souffrance...Mais ne soyons pas rasoir en racontant l’Histoire ; restons fiers d’un objet vieux comme le monde.

Louise Debove

Le Lit

Rectangle ou presque carré, suivant s’il est simple ou double, on s’y repose dans un nuage de draps ; comme le "i" de "lit", on y est en sécurité.
Cette couche saura vous accueillir pour rêver au paradis mais ce plumard pourra vous faire aussi découvrir l’enfer du cauchemar. Il nous est inséparable lorsque l’on s’y couche avec le soleil, pourtant, dès le lever du jour, on l’abandonne lâchement en le bordant soigneusement.
Mais attention, si vous voulez découvrir le septième ciel, entrez-y couvert.

Le parapluie

Ingénieuse invention ancestrale aux formes multiples, on voit le parapluie éclore lorsqu’il pleut.
Son chapeau est de formes diverses : arrondi, triangulaire, plat, bombé.
Sa couleur est tout aussi variée, elle produit une attraction et une impression sur l’œil par les radiations de lumières. Sa canne peut être de bois, de plastique ou de fer, parfois droite, souvent arrondie pour permettre la tenue en main.
Le parapluie est assez courageux, il nous protège de la pluie - qui tombe bien lourde sur le chapeau, faisant un bruit assez particulier, composant une harmonieuse mélodie, ressemblant à une horlogerie. Il résiste tout au long du chemin, s’inclinant suivant la direction du vent - une fois à l’abri, il ne sert plus, on le retrouve jeté à la porte, attendant la prochaine pluie.

Manai Sabrine

La Culotte

La culotte, sur le fil qui flotte, au regard des passants, peut paraître indécente. Mais sachez qu’il en existe divers groupes, pour le plus grand plaisir de notre croupe.
Le petit bébé, tout juste né, se voit affubler d’une couche blanc nacré. Le bambin, très malin, comprend très vite qu’il y faut faire ses fuites.
Chez l’adolescent et l’adulte, nous avons la même chute : le petit ami avec qui l’on vit voit enfin les dessous très coquins.
Chez les personnes âgées, la culotte est très touchée. Elle reçoit les pleurs de gens dont la vie, remplie de malheurs, a tout d’un coup vieilli.
Voici le cycle de la culotte, et à vrai dire peu nous importe. Car la famille des culottes est peut-être très variée, mais cela n’empêche que notre devoir est de ne pas nous y attacher.

Manon Vibert

L’aspirateur

Une fois branché, l’aspirateur se met à ronronner. Il roule, roule, sans jamais perdre son souffle. Sur son passage, il avale tout et traque les moutons de poussière, sa trompe se faufile et s’enfile dans les moindres recoins. Sans jamais s’étouffer, il inhale tout ce qui passe à sa portée, et si, par mégarde, quelque objet précieux passe sous son nez, il vous faudra alors ouvrir sa panse et glisser vos mains dans la poussière afin de l’y récupérer.
Enfin, lorsque votre maison brille de propreté, coupez le souffle à ce drôle d’engin : sa vie ne tient qu’à un fil. Le vacarme s’arrête alors, et la bête s’éteint dans son coin.

Céline Rosalès

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